Sous la domination turque

Saint Sepulcre, Cornelis de Bruijn 1681

Durant cette période le centre du pouvoir musulman ne fut plus la dynastie mamelouk d'Egypte mais les Turcs Ottomans. La flotte turque porta le désordre dans toute la Méditerranée. Les Turcs conquirent l'île de Rhodes et occupèrent le Moyen Orient; ils combattirent de nombreuses batailles contre les Puissances chrétiennes d'Europe. Ils ne furent finalement maîtrisés que lorsqu'ils assiégèrent en 1565 l'île de Malte qui était alors commandée par les Chevaliers de Saint Jean; ils ne purent prendre Malte.

Constantinople était alors la capitale du pouvoir turc.
Nous présentons les événements suivants non seulement par un souci de nature historique et chronologique, mais surtout afin d'arriver à comprendre mieux comment on en est arrivé au dialogue fraternel et respectueux qui prévaut aujourd'hui entre les diverses communautés qui vivent au Saint sépulcre. Cette présentation ne veut être un affront pour personne, mais plutôt une amicale tape sur le dos.

"L'effort pour rétablir l'union concerne toute l'eglise, les fidèles comme les pasteurs, chacun selon ses propres possibilités, à la fois à travers la vie chrétienne de chaque jour et par les études théologiques et historiques. Cet effort manifeste déjà d'une certaine manière le lien fraternel qui existe entre tous les chrétiens et conduit à l'unité entière et parfaite conforme au Dessein de la Bonté de Dieu. (Concile Vatican II -Unitates Redintegration- . Décret sur l'œcuménisme, 5).

Les Grecs, se prévalant du très grand avantage d'être des sujets ottomans, cherchèrent à dépouiller les Franciscains de leur position privilégiée et à devenir patrons de l'eglise du Saint Sépulcre. Lors de son entée à Constantinople en 1453, Mahomet II avait d'ailleurs proclamé que le patriarche grec de Constantinople était le chef civil et religieux de tous les chrétiens d'Orient dans l'Empire.

Le patriarche grec Théophane, avec l'aide de l'archidiacre Grégoire, obtient en 1633 un firman (pré daté du temps d'Omar. De 638) qui lui donnait la propriété de la Grotte de la Nativité à Bethléem. Du Mont Calvaire et de la Pierre de l'Onction au Saint Sépulcre. Grégoire reconnaît qu'il avait un faux document. Les puissances de l'Occident et le Pape Urbain VII réussirent faire annuler le firman en 1936.

Durant cette période l'or et l''argent étaient appréciés plus que toute autre chose. L'argent et les intrigues transformèrent l'eglise du Saint Sépulcre en un précieux "trophée" que le Sultan donnait à qui lui offrait davantage. De fait entre 1630 et 1637, sous Murad IV (1623-1640) divers parties de la Basilique changèrent six fois de propriétaires. Les Franciscains n'auraient pas pu soutenir longtemps cette lutte sans l'intervention énergique de la France qui s'était rendue protectrice officielle des Lieux Saints et de leurs gardiens.

Durant l'emprisonnement des franciscains (1537-1540) les Coptes obtiennent du Gouvernement turc l'autel élevé derrière l'édicule; ils y érigèrent une chapelle.

Le tremblement de terre de 1545 fit s'écrouler une partie du clocher sur la chapelle du Baptistère qui se trouvait dessous.

En 1555 le Père Boniface de Raguse, Custode de Terre sainte, obtint l'autorisation de procéder à quelque restauration dans la Basilique et aussi de construire un nouvel Edicule. Ce fut une restauration de grande importance; et le franciscain laissa une description détaillée du travail réalisé. C'était la première fois depuis 1009 (quand le Sépulcre avait été détruit par les pics des soldats de Hakim) que la roche nue de la Tombe se montrait à œil humain. Le Père Boniface écrit que le 27 Août 1555, à quatre heures de l'après-midi, les travaux commencèrent et:

" Après la stupéfaction, la vue du très Saint Sépulcre du Seigneur fut offerte à nos yeux, nettement. Dans ce Sépulcre étaient peints deux anges superposés. L'un avait l'inscription: "Il est ressuscité; il n'est pas ici"; l'autre qui montrait du doigt le Sépulcre avait l'inscription: "Voici le Lieu où on l'avait déposé". Ces images se sont dissoutes dès qu'elles ont été au grand air".

"Lorsque l'on dut nécessairement enlever des tables de marbre qui couvraient le Sépulcre (que Sainte Hélène avait placées là pour permettre que la célébration du très saint Mystère de la Messe ait lieu sur le Sépulcre), nous fut visible ce Lieu ineffable dans lequel le Fils de l'Homme reposa durant trois jours; il nous sembla à nous, et a tous ceux qui étaient présents avec nous, que nous voyons tout simplement les cieux ouverts. Le Lieu reluisait de tout côté comme par les rayons brillants du soleil, avec le sang sacré du Seigneur Jésus mêlé à l'onguent dont il avait été oint pour la sépulture.

Pendant que nous en prenions (comme reliques) avec gémissements et larmes, mais aussi avec joie spirituelle, nous l'avons vu et baisé. Les compagnons qui étaient présents, d’assez nombreux chrétiens des nations d'Occident et d'Orient, remplis d'une dévotion incroyable pour ce trésor céleste, quelques uns fondaient en larmes, d'autres paraissaient à demi morts, tous étaient pleins d'un émerveillement extatique.
Au milieu de ce Lieu très saint on trouva un morceau de bois enveloppé dans un linge précieux. Mais à peine l'avons-nous pris en main pour le baiser avec révérence, à peine fut-il exposé à l'air, que le linge effrita entre nos mains; il resta seulement quelques fils d'or. Il y avait des inscriptions sur ce bois précieux; mais elles étaient tellement rongées par le temps que l'on ne put y lire aucune phrase complète, bien qu'au début d'un parchemin on lisait ces paroles en majuscules latines: "Helena Magni…"Hélène mère du) Grande (Constantin)."

En 1644 les Georgiens, n'arrivant pas à défendre leurs droits et à résister aux fréquentes ruses et violences de l'autorité turque, abandonnèrent définitivement la Basilique du Saint Sépulcre. Un peu plus tard les Abyssins en firent autant. Les Franciscains, avec l'aide des Puissances chrétiennes, purent, faire face aux dépenses très fortes et furent en mesure d'acquérir divers Lieux abandonnés par les autres communautés.
La question de la propriété du site devint encore plus aiguë lorsque le patriarche grec Dosithée (1669-1707) se procura en 1676 un autre Firman qui lui attribuait la possession exclusive par l'Autriche, l'Espagne, La Pologne et Venise. Il créa une commission pour étudier les documents présentés par les deux parties en conflit. La commissions declara, apres mûr examen, que les Firmans des Latins étaient sincères et authentiques mais que ceux des Grecs, étaient faux et apocryphes. Il fut donc décidé que les Latins soient réintègres dans leurs droits, tels qu'ils étaient avant 1630. La sentence fut publiée solennellement à Jérusalem le 25 Juin 1690 en présence des autorités et des parties en conflit; et le 29 Juin le Père Custode lors d'une Messe solennelle reprit possession du Saint Sépulcre et des autres Lieux qui avaient été usurpés.

Vers la fin du XVIIº siècle la coupole de l'Anastasis en forme de cône, œuvre de Constantin Monomaque, menaçait de tomber en ruine. En 1691 les Frères demandèrent les permissions requises pour pouvoir la réparer. L'opposition des grecs leur entraîna un refus. Mais, après des tractations longues et difficiles, ils purent en 1719 commencer les travaux de la coupole, du tympan, d'autres lieux de la Basilique et du couvent. Prévoyant que l'on pourrait faire arrêter les travaux, comme c'était déjà arrivé, ils accélérèrent le travail en employant 500 ouvriers, protégés par 300 soldats. La coupole fut refaite de même le tympan avec les fenêtres aveugles; mais on ne remit pas les mosaïques qui étaient trop abîmées. A la Pierre de l'Onction, qui appartenait aux frères depuis environ deux siècles, on remplaça le marbre vert sombre par un marbre blanc qui portait l'armoirie franciscaine. Fut aussi refait l'escalier de la Chapelle de la Redécouverte de la Croix.
Les Arméniens, de leur côté, refirent l'escalier de la Chapelle de Sainte Hélène. Les Grecs démolirent deux étages branlants du clocher.
L'édicule du Saint Sépulcre, construite en 1555, fut restauré en 1728.

En 1767, le Dimanche des Rameaux, les Grecs entrèrent dans le Saint Sépulcre et le mirent sans dessus dessous, accusant en même temps les Franciscains de toutes sortes d'intrigues. La Porte Ottomane publia un Firman qui attribuait aux Grecs la propriété de la Basilique de Bethléem, de la Tombe de la Vierge et, en commun avec les Latins, de parties de la Basilique du Saint Sépulcre. Malgré les appels du pape Clément XIII à toutes les Puissances d'Occident, le Sultan resta ferme. Depuis cette date il n'y a plus eu que des modifications de peu d'importances pour la possession des Lieux Saints.

Le dix-neuvième siècle a commencé par le grand incendie de 1808 dans la Basilique du Saint Sépulcre, qui a causé des dommages importants au Lieu Saint. Du fait des guerres Napoléoniennes en Europe les franciscains n'ont pas réussi à recueillir suffisamment d'argent pour obtenir des Turcs la permission nécessaire pour faire la restauration.
La Russie, devenue à cette époque, Protectrice de l'Orthodoxie, obtient la permission de réaliser la restauration au nom de l'Eglise Orthodoxe.

En 1860 l'Ambassadeur de France auprès de la Porte, le Général Aupick, au nom des nations catholiques, demanda la restauration des droits dont les franciscains jouissaient avant l'année 1767. Le gouvernement Ottoman était prêt à y consentir lorsque le Tzar russe Nicolas intervient en ordonnant au Sultan de ne rien changer à la situation actuelle des choses, sous peine d'une rupture des relations diplomatiques entre la Russie et la Turquie. C'est pourquoi la Turquie fut obligée de publier un Firman qui établissait le maintien du "Statu quo"de 1767.

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